Confirmée lors de la formation du gouvernement De Croo et par Engie Electrabel le mois dernier, la sortie du nucléaire pour 2025 continue à alimenter le débat. En octobre 2020, le Umweltinstitut München (Institut environnemental de Munich) a publié une étude encourageante sur le sujet. Cette étude confirme que la Belgique peut, comme prévu, se passer du nucléaire, sans risquer de pénurie énergétique, et sans construire de nouvelles centrales au gaz.

L’étude [1], rédigée par Anika Limbach, apparaît dans un contexte où la question de la sortie du nucléaire est omniprésente. Annoncée par le gouvernement belge pour l’année 2025, cette sortie suscite des craintes chez certains acteurs du secteur qui s’inquiètent d’un approvisionnement énergétique insuffisant, et planifient déjà la construction de nouvelles centrales au gaz.

L’accord de coalition de notre gouvernement fédéral a réaffirmé la sortie du nucléaire, décidée en 2003. Celui-ci prévoit de réaliser, avec le Bureau Fédéral du Plan, une évaluation sur la sécurité d’approvisionnement et le prix en novembre 2021. La firme Engie Electrabel presse le gouvernement à adopter une position avant la fin 2020, car elle doit choisir entre engager de lourds investissements afin d’éventuellement prolonger l’exploitation des deux réacteurs les plus récents (Doel 4 et Tihange 3), et ainsi risquer des dépenses inutiles, ou miser sur le maintien de la position actuelle du gouvernement, et cesser tout investissement dans ce secteur. Le gouvernement De Croo ayant confirmé sa volonté de sortir du nucléaire, Engie Electrabel a récemment annoncé l’arrêt de tous les réacteurs pour 2025, et sa volonté de lancer la construction de quatre nouvelles centrales au gaz.

L’Institut environnemental de Munich a examiné en détails les productions et consommations électriques belges, ainsi que les interconnexions avec les pays voisins. Il conclut qu’une sortie du nucléaire est parfaitement réalisable d’ici à 2025. Cette étude va même plus loin, en démontrant que l’arrêt immédiat de Doel 1 et 2 et Tihange 1 peut être compensé par la capacité de base des centrales au gaz existantes, ainsi que par le récent accroissement de la production d’électricité verte (éolien, solaire, biomasse, etc.), passée de 15% à 24% de la production totale d’électricité en à peine quatre ans [2]. D’après cette étude, la sortie du nucléaire aura aussi le mérite de mettre fin aux risques de défaillance liés au vieillissement des installations nucléaires, lesquels mettent en danger l’ensemble de la population, tant sur le plan énergétique (black-out) que sanitaire. De plus, dans les années à venir, l’augmentation de production d’électricité à partir de sources d’énergies renouvelables renforcera encore la sécurité d’approvisionnement électrique en Belgique.

Ce rapport montre que la construction de nouvelles centrales au gaz, prévue par Engie Electrabel, est inutile. Sortir du nucléaire et réduire notre dépendance aux énergies fossiles est compatible comme nous l’avons toujours stipulé (relisez l’étude réalisée par Daniel Comblin, expert des problèmes énergétiques et membre et ancien président de l’APERe asbl intitulée L’avenir énergétique : la Belgique peut à la fois sortir du nucléaire et réduire l’effet de serre datant de 2011 et son actualisation de 2013). Découvrez la revue Transition énergétique que nous avions éditée sur le sujet en 2013 déjà.

Par ailleurs, la diminution de notre consommation énergétique reste selon les Ami.e.s de la Terre le meilleur moyen d’y parvenir. Nous invitons chaque citoyen.ne à entrer dans une démarche « Négawatt » qui repose sur la sobriété énergétique et l’efficacité énergétique. Cette démarche consiste à réaliser des économies d’énergie grâce à la réduction de sa consommation, à l’amélioration de l’efficacité énergétique des équipements utilisés et au développement des énergies renouvelables locales.

Les conclusions de l’étude ont fait l’objet d’une lettre à destination des ministres belges, Mesdames Tinne Van der Straeten, Ministre de l’Énergie, et Zakia Khattabi, Ministre du Climat, de l’Environnement, du Développement durable et du Green Deal, dans une volonté de soutenir le processus décisionnel relatif à la sortie du nucléaire en Belgique. De plus, un communiqué a également été envoyé à la presse sur le sujet.

Ressources et informations supplémentaires sur le sujet :

Photo : @Trougnouf, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Notes

[1Anika LIMBACH, Sécurité de l’approvisionnement en électricité en Belgique – situation actuelle et évolution, Etude du Umweltinstitut München, octobre 2020.

[2Ibid.