Ce 15 mars à Bruxelles, Syngenta, multinationale de l’industrie des pesticides, ELO, lobby des grands propriétaires terriens, et divers acteurs de l’agrobusiness (Cargill, Nestlé, Pepsico, John Deere, etc.) organisent le Forum pour le futur de l’agriculture (FFA). Derrière une façade de dialogue ouvert entre l’agriculture et l’environnement se déroule en réalité une grande opération de lobbying et de greenwashing. Une coalition d’organisations paysannes (membres du mouvement La Via Campesina), d’organisations de la société civile et de citoyen-ne-s dénoncent cette événement et invitent à se mobiliser contre.

Comme chaque année, le FFA est un moment privilégié pour l’agrobusiness pour promouvoir ses fausses solutions (numérisation de l’agriculture, pesticides, nouveaux OGM, financiarisation de l’agriculture, marché carbone, etc.), consolider sa place dans le système alimentaire et renforcer son influence politique auprès des orateur·rice·s et des invité·e·s issu·e·s directement des institutions européennes. Parmi les orateur·rice·s de marque déjà confirmés, on retrouve notamment le Vice-Président de la Commission européenne en charge du Green Deal, Frans Timmermans, et la Commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire, Stella Kyriakides.

Il faut dire que depuis l’adoption du Green Deal, les acteurs de l’agrobusiness ont intensifié leurs efforts de lobbying auprès des responsables politiques européens. Ils ont notamment mené une série d’attaques coordonnées contre les objectifs des stratégies « de la ferme à la fourchette » et « biodiversité ». Ces manœuvres de lobbying ont été exposées et dénoncées par la société civile : "we strongly condemn the coordinated efforts of some industrial agri-food lobbies to discredit, delay, and weaken the Farm to Fork Strategy. The tactics deployed by these actors amount to disinformation and scaremongering and must be exposed as such".

Cette édition du FFA arrive à point nommé pour les acteurs de l’industrie agro-chimique. La Commission européenne peaufine en ce moment même sa cible de réduction des pesticides. Une proposition de directive est attendue pour la fin du mois de mars. Syngenta et son lobby-group CropLife Europe multiplient les efforts afin d’éviter une législation qui entraînera la diminution de l’utilisation de leurs produits et l’atteinte à leurs profits. Dans ce sens, l’organisation de lobbying des pesticides CropLife (présidé par le CEO de Syngenta Erik Fyrwald), ainsi que d’autres lobbies de l’agrobusiness ont directement financé des études d’impact visant à discréditer les objectifs de réduction des pesticides de la stratégie “de la ferme à la fourchette”. Et CropLife a organisé plusieurs événements médiatiques pour diffuser largement les résultats de ses études et d’autres études biaisées, brandissant la menace d’une réduction catastrophique de la production agricole européenne.

On sait par ailleurs que Syngenta et les autres producteurs d’agrotoxiques sont particulièrement inquiets par les initiatives visant à interdire l’exportation des pesticides très dangereux. Depuis la publication d’une enquête de Public eye et Unearthed, qui a révélé que plus de 81.000 tonnes de pesticides interdits d’utilisation en Europe étaient encore produits et exportés dans des pays en développement ou émergents, la pression publique augmente sur l’industrie pour mettre fin à ces pratiques dangereuses pour l’environnement et la santé des populations locales. La France a notamment adopté une loi interdisant la production et l’exportation de ces pesticides et elle entend profiter de sa présidence tournante pour faire avancer le dossier au niveau européen. Une situation inacceptable pour Syngenta et les autres groupes agro-chimiques qui tirent d’importants bénéfices de ce commerce juteux.

Une coalition d’organisations se mobilise donc contre la tenue du FFA. Mobilisation que les Amis de la Terre soutiennent.

Nous dénonçons la tenue d’un événement de greenwashing visant à renforcer l’influence de l’industrie chimique et agroalimentaire dans la conception de politiques publiques. Nous ne pouvons pas accepter que des responsables politiques européens préfèrent passer la journée avec Syngenta et ses comparses plutôt que de préparer une politique juste et ambitieuse pour la réduction des pesticides que nous attendons toutes et tous.

Nous dénonçons les manœuvres antidémocratiques de l’agro-industrie pour imposer son agenda et ses produits, sans égard pour la santé, l’environnement et les conditions de travail de toute la population, en Europe comme dans le Sud global. Ces manœuvres sapent les efforts des mouvements sociaux et de la société civile pour une réelle gouvernance démocratique et inclusive des systèmes alimentaires et la réalisation des droits humains.

Nous regrettons la participation d’ONG environnementales, comme le WWF et The Nature Conservancy, à cet événement, car elle permet aux industriels de se prétendre ouverts aux enjeux environnementaux, tout en détruisant l’agriculture et la nature.

No FFA ! No Future for Agrobusiness, No Future for Agrotoxics !

Nous construisons dès à présent une transition vers des systèmes alimentaires justes, durables, démocratique et solidaires. Afin de garantir aux agriculteurs et agricultrices du Nord comme du Sud des conditions de vie dignes, une alimentation de qualité accessible et des pratiques agricoles qui prennent soin de la nature, nous défendons l’agroécologie, l’agriculture paysanne, la souveraineté alimentaire, qui sont en rupture avec les modèles et solutions défendues par l’agro-industrie. Pour atteindre ces objectifs, celles et ceux « qui mettent des bottes » doivent être les premières personnes conviées aux réflexions sur le futur de leur secteur et de leur métier, et non les multinationales proposant des solutions axées sur leur seuls intérêts économiques.

Puisqu’un forum sur l’agriculture qui ne donne pas une place centrale aux agriculteurs et agricultrices et à celles et ceux qui en sont solidaires n’a aucune légitimité, nous imposerons notre présence ce mardi 15 mars.

Signer en tant qu’organisation
Voir l’appel à mobilisation