Samedi dernier (22 septembre 2018) les Ami·e·s de la Terre étaient au festival Maintenant à Louvain-la-Neuve pour parler "lenteur". Une vingtaine de participant·e·s nous attendaient dans l’auditoire Agora décoré pour l’occasion. En voici le récit.. :

« Suis-je satisfait·e de mon rapport au temps ? » - « Que changer ? »

Les participant·e·s se rassemblent en groupes de 4-5 personnes. Nous sommes environ 25 personnes de 20 à 65 ans. Sur les marches de l’agora, les discussions prennent et stimulent. Quelques balises pour l’exercice : je m’exprime en « je » pas en « on » et je suis attentif·ve à laisser de la place et du temps de parole à tout le monde.

« Sur quel temps sommes-nous réglé ? », « Pourquoi s’impose-t-on des contraintes ? », « C’est quoi – ne rien faire – ? », « Perdre du temps ? », « Est-ce que je suis à l’aise avec l’attente ? », « Ma soif d’apprendre toujours plus est-elle inscrite dans ce dictât de la croissance infinie ? », « Est-ce que les choses sont-elles réellement urgentes ? », « Qu’est-ce que j’aime faire que je fais déjà lentement ? », se demandent les participant·e·s.

Des questions qui tricotent l’esprit. Et puis des pistes de réponses inspirantes, appliquées au quotidien ou reportées au lendemain. Elles germent en groupes et sont partagées en assemblée. Nous nous alignons sur le temps des plus lent·e·s. Un mélange de densité et de légèreté.

« Nous sommes des êtres-humains et pas des faire-humains », « Trouver l’équilibre entre le temps pour soi, pour les autres et pour le social », « M’autoriser la lenteur », « Aller et venir au rythme des saisons », « Rentrer en relation avec la Nature », « Choisir le moment où je me dit STOP », « Choix, souveraineté et discipline », « Lorsque je m’autorise l’arrêt, je me sens libre et satisfaite », « Remettre la qualité au centre et pas la quantité », « Accepter ma différence et refuser la rentabilité à tout prix », « Prendre le temps de parler de mon rapport au temps », « Organiser mon temps », « Établir une liste de mes voleurs de temps », « Chambouler mes habitudes », « Remettre du mouvement », « Je ne pense plus en – il faut – mais en – je choisis de – ».

A la suite de ces partages – de l’individu au collectif – , nous mélangeons les groupes et nous nous lançons dans un nouvel exercice. « Si nous devions organiser une journée de la Lenteur, à quoi ressemblerait-elle et comment l’organiserions-nous ? ». C’est un concept auquel les Québécois·es ont donné naissance il y a 18 ans (www.journeedelalenteur.com). Des idées originales et réjouissantes jaillissent :

« Laisser le corps décider du moment où il se lève », « Brouiller les réseaux de téléphone pour favoriser la discussion dans le temps présent », « Faire l’éloge des transports en commun », « Atelier sur l’ennui », « Cabine noire dans laquelle on reste une demi-heure, sans montre, dans laquelle on ressent, seul·e ou accompagné·e », « Grand repas concocté ensemble et partagé en pleine conscience », « Atelier moissons sans machine », « Ne rien planifier », « Journée à pieds », « Expérimenter les mouvements du corps de façon plus lente », « Redécouvrir nos sens à travers différentes expériences. Par exemple, un atelier les yeux bandés et les pieds nus où l’on marche sur différentes surfaces », « Inviter des enfants et personnes âgées à participer à la conception de la journée », « Mettre à l’honneur des cultures qui intègre la lenteur », « Proposer à des enfants d’être la police de la lenteur et de sanctionner les piéton·ne·s en excès de vitesse », « Marche méditative », « Ateliers en consciences », « Espaces pour se rencontrer », « Inviter les gens non pas par e-mail mais en allant sonner aux portes des voisins et des voisines du quartier », « pas de programme figé », « Cadrants solaires préférés aux montres », …

De belles inspirations pour nos prochains quotidien. Nous pouvons d’ores et déjà identifier ce que nous faisons naturellement lentement et protéger cela, y veiller.

Nous nous remercions pour ce riche moment et savons toutes et tous désormais que si nous avons l’audace d’organiser une telle journée, il y aura des amateur·trice·s ! Au sortir de l’atelier, la pluie tombe avec force. Je prends le temps de digérer les nouvelles informations reçues et perçues à l’abri d’un pont et puis je cours à travers les gouttes, vers un nouveau moment d’échanges.

Clémentine