Un évènement personnel a conduit ma vie sur un chemin de simplicité matérielle que je n’aurais peut-être pas osé emprunter de ma propre initiative ; ce qui fut pour moi une épreuve et une source de désarroi est aujourd’hui devenu une véritable expérience épanouissante.

Depuis décembre je vis dans une caravane et, si j’exclus la période d’adaptation qui me fut nécessaire pour apprendre à supporter des conditions un peu spartiates, je puis dire aujourd’hui, qu’il s’agisse du contact avec la nature ou du contact humain que ma vie s’est infiniment enrichie. Des amis m’ont prouvé qu’ils ne prenaient pas le mot « amitié » à la légère ; la nature s’ouvre à moi (je ne m’en suis jamais senti aussi proche) et la Simplicité fait aujourd’hui partie intégrante de mon univers.

Dans la pratique par exemple, le contenu de ma poubelle a diminué d’au moins 70 %, ma température de chauffage est réduite à 14 ° sans que cela ne me semble insuffisant, ma consommation d’eau est inférieure à 50 litres par jour. Le contenu de ma TLB s’en va garnir mon compost et le temps passé devant la télévision est réduit à son strict minimum...

Ce chemin me démontre que je peux me passer de beaucoup de choses (et j’avoue en être le premier surpris), mais surtout, cela me prouve que la possession d’objets et le « confort » tel qu’il est conçu par notre société n’apportent absolument rien à l’humain. Je me suis interrogé : on nous promet tant de bien-être à l’acquisition de tous ces objets, or, curieusement, ce bien-être n’apparaît que lorsque l’on se détache d’eux... Pourquoi ?

J’ai découvert la souffrance.

Tous les objets que nous possédons sont infiniment imprégnés de souffrance, qu’il s’agisse de celle des humains exploités cruellement pour les produire ou celle de la terre rendue exsangue à force d’être dévalisée de ses ressources. Les objets pèsent lourd et leur poids influe sur notre espace vital. Pas seulement écologiquement. On peut aisément calculer la quantité d’énergie dépensée, la quantité de pollution produite à la confection de ces objets (ces données étant chiffrées avec beaucoup de précision), mais pour connaître la dose de souffrance infligée à l’humanité et à notre Terre, il faut prendre le temps de se débarrasser de tout ce dont on peut se passer et s’ouvrir à l’écoute du silence paisible qui s’installe chez soi. Finis les pleurs des enfants qui travaillent en usine, finis les cris de douleurs des adultes malades des conditions inhumaines qu’on leur impose, finis les craquements de la forêt que l’on déboise, finis les ruissellements de boue, finis les hurlements des animaux que l’on égorge ou dont on ruine l’habitat. Dans mon logis la paix se réinstalle et je découvre avec un plaisir infini les joies de la Simplicité.

Vais-je persévérer dans cette voie ? Je l’espère sincèrement car ce que je vis aujourd’hui, j’aimerais pouvoir inviter d’autres personnes à le vivre. Un ami ou un inconnu, peu importe qui je pourrai guider, ce qui compte c’est que je ne garde pas ce bonheur égoïstement et que je le partage. Améliorer la santé d’une maison ce n’est pas seulement choisir des matériaux écologiques, c’est aussi la soustraire à la souffrance universelle générée par notre mode de société.

Ne plus acheter pour ne plus enrichir de sombres actionnaires et exploiter d’anonymes victimes. Echanger un service avec des proches pour connaître le plaisir de donner et de recevoir. Faire appel à sa propre créativité et laisser parler librement ce qui est fondamental en nous, voilà autant de choses qui nous conduisent à une vraie libération personnelle et qui porteront l’humanité vers un monde infiniment plus juste.

Faire de la place dans son logis c’est laisser entrer plus d’air pur...

Marc Van Damme, permanent des Amis de la Terre