Il y a trois ans, j’ai été interpelé par l’invitation à un stage de vannerie. J’étais en recherche et « mûr » pour une activité de sérénité, de patience, de création, de contact avec la Nature. Comme un virus inoculé, ce fût bientôt un second stage puis une pratique plus régulière et, au final, l’implication dans la gestion de la plantation d’osier au sein de cette association.

Le plaisir faisant, j’ai alors eu l’envie de créer, dans mon environnement plus proche, une plantation d’osier. Plusieurs raisons me poussaient à cette initiative : le plaisir simple et presqu’enfantin de « planter » ; le besoin de rapprocher mes activités de mon domicile à distance de marche ou de vélo ou, dit autrement, m’ancrer dans le local ; l’envie d’établir une relation de « coopération » infiniment respectueuse avec la Nature ; l’idée de soustraire une parcelle de terre au désherbage chimique, à la tonte avec machine aux hydrocarbures ; l’option de diversifier l’environnement au lieu de le stériliser ; le besoin de préparer « demain » et la fin du « tout-au-pétrole » en revalorisant le végétal, les fibres naturelles et autant que possible en pérennisant ce savoir artisanal....

Je me suis donc mis en chasse d’un lopin de terre. Bien vite j’ai réalisé que l’accès à la terre est une rude épreuve et que, entre la spéculation du marché foncier et la mainmise du monde agricole, il ne reste quasi... rien ! Au passage, mille félicitations pour le beau « coup » des Amis de la Terre de Soumagne avec leur verger conservatoire de plusieurs hectares en partenariat avec Tucrail (SCNB). C’est finalement avec la Compagnie des Eaux que j’ai pu signer une convention pour l’occupation à terme de quelques ares de prairie de manière strictement écologique.

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Dominique plantant ses boutures d’osier

Depuis le début de ce printemps, j’ai donc régulièrement pris la direction de « mon champ » pour aller planter plusieurs centaines de boutures : un morceau de saule osier frais d’environ 30 cm de long, un sécateur et un marteau... quoi de plus facile. Mon activité a rapidement éveillé la curiosité après des voisins du champ et auprès des piétons se rendant à la gare toute proche. « Que faites-vous avec ces petits piquets de bois et un marteau ? » : et me voici parti pour une petite explication, voire une longue parlotte bien sympathique. En parlant ainsi, j’ai découvert dans mon propre village des talents oubliés autour de l’artisanat de vannerie (une dame ayant maîtrisé le cannage des chaises et se proposant de reprendre du service), des passions magnifiques (un jardinier au palais royal de Laeken, passionné et grand connaisseur de botanique, d’entomologie et d’ornithologie) et tant d’autres valeurs immatérielles. Deux autres dames de ma commune se sont arrêtées pour me parler de vannerie et de fabrication de fascines (cloisons tressées de saules) pour lesquelles elles souhaitent que nous lancions une dynamique locale.

Pour minimiser l’emprise des adventices sur les jeunes boutures, j’ai décidé de couvrir le sol de cartons (sans plastique ni encres...) puis d’y étendre des tontes de pelouses ou du broyat en fonction de ce que je trouverais. En un tournemain, le voisin Gérard m’a fourni des remorques de cartons et les autres voisins de la plantation m’ont gentiment proposé de venir apporter les matières organiques attendues : je n’ai désormais plus qu’à étendre ce qui m’est régulièrement amené.

Récemment, un « heureux hasard » m’a mené à rencontrer un échevin et le personnel communal d’Awans : si tout évolue comme prévu, un nouveau morceau de terrain me sera proposé dès cet automne pour la culture de l’osier. Ils espèrent ainsi y stopper les dépôts clandestins de souillures et immondices. Ils prévoient aussi une diffusion de cette initiative auprès des habitants et souhaiteraient une sensibilisation, une action pédagogique auprès des enfants des écoles de la commune... bref une véritable réappropriation du patrimoine naturel local.

Ces rencontres et faits se passant, mes boutures ont, pour la plupart des variétés, fort bien repris. Je constate, heureux et presqu’amusé que je ne puis plus travailler dans la plantation sans qu’un riverain ne vienne commenter la bonne prise et l’évidente croissance des osiers ; un deux m’a spontanément proposé de jeter un œil sur le terrain pour éviter tout fait fâcheux !

Que retenir ?

J’y prends un incontestable plaisir personnel ; le contact avec la Nature, même pour une activité dirigée, est source d’émerveillements ; la pelouse « parfaite » n’est pas inéluctable ; la vie au niveau local nourrit si on veut bien la nourrir ; les savoirs et pratiques des « anciens » seront remis à jour, c’est ma conviction, au cours de ce siècle. L’ignorance, la non-maîtrise du savoir et du savoir-faire ne constituent pas les problèmes les plus importants mais bien l’abdication de nos propres capacités, renforcée quotidiennement par la pub, par le « tout industriel » et par le « tout commercial ».

Oui un autre demain est possible. A vous de planter, d’agir si le cœur vous en dit !

Dominique