Dans la plus grande spontanéité, sans tambour ni trompette, les groupes d’achats vivent, survivent, meurent et prolifèrent par-ci par-là, partout. Quinze à trente familles (jusqu’à septante pour le groupe de Mouscron, doyen du mouvement) achètent régulièrement à prix de gros des aliments de qualité, bio le plus souvent, chez un producteur local ; parfois des produits du commerce équitable.

L’objectif d’une alimentation saine, sociale, non polluante devient le point où se focalisent des sensibilités très diverses, comme le manifestent les constellations attirées par le combat d’un José Bové. Beaucoup de groupes d’achats se greffent sur cette mouvance associative.

Pour son soutien à l’agriculture locale de qualité et sa capacité à rendre le bio plus accessible aux petits revenus, le phénomène des groupements d’achats vaut bien un coup de projo.

Au sommaire de ce numéro

- Éditorial : Consommer malin... produire idiot ? Le problême des déchets engendrés par les piles ne sera pas résolu par les grandes manoeuvres de Bebat.
- Les groupes d’achat : pourquoi ? Les avantages (économies de 10 à 30 %, facilités de livraisons, contrôle, information et contacts sociaux...), les inconvénients d’un groupe d’achat...
- Au nom de la loi...
L’achat groupé est un acte privé. L’essentiel est de lui conserver ce caractère pour éviter les pressions. Explications et expérience vécue face à la Fédération des Bouchers de Liège...
- La parole aux producteurs Les groupes d’achats peuvent aussi représenter une opportunité intéressante pour les producteurs, qui y trouvent une clientèle fidèle et consciente de la qualité de leurs produits (article complet).
- Concurrence avec les détaillants
- Les « groupes économiques », ancêtres des groupes d’achats ?
En réaction aux magasins patronaux (le salaire en nature était à peine aboli), le mouvement ouvrier naissant créa les magasins coopératifs, qui offraient des produits de bonne qualité à meilleur prix. Après une période de tâtonnements, ils se mirent à pousser comme des champignons. Avant les coopératives et ensuite, parallèlement à elles, existaient les "groupes économiques", plus rudimentaires et plus proches des groupes d’achats actuels : peu d’infrastructure, bénévolat, rabais important, achats sur commande.
- Sauver la petite agriculture de qualité
La demande accrue pour l’alimentation saine, dans la foulée des derniers scandales, a surtout profité au bio-business international. Grande distribution et grande production ont investi ce créneau à la mode, où ils ont introduit leur philosophie et leurs pratiques du profit maximum...
Dans ce contexte, l’intérêt des groupes d’achats est de défendre l’agriculture de qualité, à taille humaine. Si demain celle-ci disparaît, bonne chance pour établir l’entente et la transparence avec les grandes surfaces et leurs produits anonymes.
- Circuit court et grande distribution : quand je compare, je vois la différence

Ce n’est pas tout...

- Ce dossier, rédigé par Luce Minet, de l’asbl Vivre...S est le résultat d’un travail de longue haleine de recherches auprès des groupes d’achats et d’expériences similaires partout en Belgique. Il est émaillé de multiples portraits, d’anecdotes qui rendent comptent de la réalité et de la richesse humaine de toutes ces expériences.

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Vaches folles...
Un groupe d’achats qui fait la fête lors des « Retrouvailles », rassemblement de l’associatif liégeois.

La parole aux producteurs

« Avec le groupe d’achats, j’ai une commande régulière assurée, même si son volume fluctue ; c’est une commande globale, donc un gain de temps par rapport aux clients qu’il faut servir un par un. Je fais 10% de remise au groupe, c’est plus intéressant pour moi que les 30% traditionnels aux grossistes. Quand c’est un groupe dynamique, avec des activités variées, le contact est enrichissant ; par exemple, je vais à des spectacles, des soupers, des débats, des fêtes de quartier organisés par Barricade à Liège. Les groupes d’achats peuvent impulser un autre modèle social et économique. Le gros problème est la difficulté à durer, le gros investissement personnel exigé des responsables, qui risquent de se lasser. Lassitude aussi plus pratique, les gens veulent toujours du nouveau, et je dois veiller à étendre la panoplie de mes produits. »

( Louis L., fermier en biodynamie , région liégeoise)

[Photo : en visite chez un producteur du Hainaut]

« Outre les avantages techniques, je vois celui de disposer d’un interlocuteur organisé, plus conscient, plus sensible aux enjeux de société. J’espère que les groupes d’achats iront vers un circuit de distribution alternatif, des coopératives où les gens auront le pouvoir. Le bénévolat a des limites, malheureusement, et les groupes risquent de ne pas durer si le partage du travail n’est pas satisfaisant. Quelques groupes de Bruxelles en ont eu ras le bol et ont insisté pour que nous venions au marché de Woluwé-Saint-Pierre ; ils ont recentré leurs activités sur l’information. À Charleroi, nous avons cessé de fournir deux groupes, parce que le système nous était trop défavorable : nous livrions gratuitement et tout par commandes individuelles, c’était un travail fou à la boucherie. Un des groupes a accepté de passer des commandes globales et il repart en petit sur cette base. »

(Jean F., responsable d’une coopérative fermière du Hainaut.)

« J’épargne le déplacement vers un marché et les frais de transport ou ceux bien plus élevés d’un magasin ; je récolte en fonction de la commande, il ne me reste pas une ou deux caisses de salades invendues et bonnes à jeter. Un inconvénient est l’absence d’engagement hebdomadaire, comme en Flandre et en Allemagne, où les consommateurs prennent un abonnement. Je vais vers une formule de panier de légumes, avec une possibilité de choix relative sur le contenu. Les contacts avec le groupe d’achats sont plus exigeants mais aussi plus originaux qu’avec le grossiste. Les "humeurs" des groupes d’achats sont un phénomène très spécial : les consommateurs s’influencent entre eux pour lancer des modes, des rumeurs. C’est cocasse d’entendre un des groupes porter aux nues mes bettes, parce que l’un d’eux a donné cet avis enthousiaste ; et les mêmes bettes seront boudées, critiquées, par un autre groupe, suite à une mode opposée, lancée par une autre personne ! »

(Michel G., maraîcher, Hainaut)

« Une commande du groupe d’achats de Liège équivaut au chiffre d’affaires d’une matinée au marché, sans la perte de temps. Mais peu à peu, le volume de la commande diminue, les consommateurs se lassent de nos produits, ils veulent du neuf. »

(Françoise H., fromagère bio en Gaume)

Certains groupes ont aidé des fermiers débutants, notamment Coprosain quand il en était seulement à produire des poulets fin des années 70. Le groupe de Mouscron a même permis à un ouvrier licencié de recréer son emploi dans la région, en lui écoulant sa production de poulets sans hormones.