Une journée importante pour la Simplicité Volontaire, une de plus, s’est déroulée à Louvain-la-Neuve, le samedi 27 février 2010. Plus de 600 personnes se sont réunies au FORUM « Changement intérieur, changement extérieur : vers la simplicité ».

Plus de 600 personnes venant de tous les coins de notre communauté francophone ont choisi de consacrer toute une journée à ce forum qui proposait à la fois des réflexions de fond et des pistes concrètes pour nous mettre sur la voie du changement, avec des questions centrales comme :
- Que peut nous apprendre la simplicité ?
- En quoi la « vie simple » est-elle importante aujourd’hui pour chacun de nous, mais également pour la collectivité et pour la planète ?
- Quelles sont les illusions, les compromissions à éviter sur le chemin du changement intérieur, de la simplification de notre vie ?

Trois conférenciers, trois personnalités différentes, trois angles de vue différents pour aborder, au cours de la matinée, cette simplicité volontaire (SV) intérieure et extérieure.
Ainsi Thomas d’ANSEMBOURG a ouvert la journée, avec son énergie habituelle, par une conférence intitulée : « Monde nouveau, conscience nouvelle ». Avec toute sa connaissance de la Communication Non Violente en toile de fond, il a montré toute l’importance de l’intériorité (notre rapport avec nous-mêmes) pour mener en parallèle « son action sur le monde ». Et de conclure qu’aujourd’hui, le développement personnel et spirituel est la clé du développement social durable.
Ensuite, Marc HALEVY a présenté la simplicité à travers quatre vertus qui lui apparaissent comme essentielles pour qu’elle puisse se développer : la frugalité, la fécondité, l’élégance et la noblesse. Enfin, Christian ARNSPERGER a clôturé la matinée avec un remarquable exposé qui a récolté des applaudissements très nourris. En développant une des phrases de Gandhi que nous, Amis de la Terre, utilisons souvent pour nos invitations aux soirées de SV "Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre", et en analysant différentes facettes de la SV, il a démontré que la démarche de la simplicité volontaire n’est jamais strictement personnelle, qu’elle est une vraie dynamite sociale, qu’elle est fondamentalement anticapitaliste. Il a terminé en développant ce que pourrait être, pour lui, à partir des expériences alternatives déjà en cours, des post-capitalismes locaux dans lesquels la frugalité, la simplicité volontaire serait un élément central. Quelques phrases fortes de cette conférence sont reprises plus bas. Lorsque le texte définitif sera disponible, nous ne manquerons pas de le publier sur notre site ; il sera très probablement au centre de prochaines discussions bien nourries.

Tout le début d’après-midi a été consacré aux ateliers « pratiques » qui ont tous été très fréquentés. Parmi les 9 ateliers proposés, deux fois chacun, quatre étaient pris en charge par des AmiEs de la Terre, donnant ainsi une très forte visibilité à notre association qui était coorganisatrice de cet évènement avec la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale de l’université de Louvain-la-Neuve et avec comme organisateur principal, l’asbl TETRA, qui a confirmé toute son expérience dans l’organisation de ce type de grand rassemblement. Les interventions d’Emeline de BOUVER et de Thierry VERHELST ont construit le fil rouge au travers les présentations et les ateliers de la journée.
Nos quatre ateliers :
-  « Les villes en transition » avec Veronika
-  « Responsabilité individuelle, responsabilité collective » avec Emeline et Marcel
-  « Témoignages de simplicitaires » avec Amalia et Vincent
-  « Les groupes de simplicité volontaire » avec Ezio
ont permis à une partie des participants de mieux « sentir » certains aspects de cette démarche individuelle et collective tout en découvrant notre association. Pendant toute la journée, un stand des Amis de la Terre a permis également de répondre à de nombreuses questions sur la simplicité volontaire, sur les villes en transition, sur nos valeurs et à mettre en évidence le rôle de pionnier que joue l’association depuis maintenant 5 ans.

Parmi les autres ateliers, on retiendra aussi celui de Pierre PRADERVAND sur : « Joie et liberté de la non-possession ». Etre conscient que dans certaines langues et donc cultures, les pronoms possessifs (mon, ma, mes, etc.) n’existent pas. Pour nous qui faisons de la propriété privée un des cœurs de notre société, ceci peut mener à une remise en question très dérangeante de nos « fondements ».

Comme lors de nos conférences, la question de l’adhésion des adolescents à cette démarche a été posée et discutée avec des parents en difficulté face aux réactions directes, parfois dures de leurs enfants. La présence de plus en plus importante de jeunes dans les groupes de SV ouvre une porte pour concevoir des ateliers de SV réellement adaptés aux « ados ». De même, faire découvrir la SV à celles et ceux qui vivent mal une simplicité « imposée » est un autre défi de taille qui nécessite une collaboration étroite avec des intervenants de terrain et une définition précise des objectifs.

Après le rassemblement de plus de 800 objecteurs de croissance en février 2009 à Bruxelles, après le rassemblement de plus de 400 créatifs culturels (voir le SaluTerre 105) à Louvain-la-Neuve en août 2009, ce forum sur la simplicité volontaire démontre une nouvelle fois qu’un courant de fond citoyen existe bel et bien en Belgique francophone. Ces trois manifestations ne sont probablement que la petite partie visible de l’iceberg. La présence de plus en plus importante de femmes à ces rassemblements est également un formidable espoir. Cet autre monde auquel beaucoup de nous aspirent mettra en avant ce que l’on appelle les qualités féminines ; qui mieux qu’elles pourraient le faire.

Ezio Gandin

Extraits de la conférence de Christian Arnsperger : « Concilier développement personnel et justice sociale ».

1. Si personne d’autre que moi ne s’engage dans le désencombrement, à quoi bon le faire moi-même puisque l’empreinte écologique globale n’en sera en rien modifiée.
D’autre part, si tout le monde s’engageait dans le même désencombrement que moi, quelle serait la société qui arriverait ?
Questions donc du sens social et politique à donner à mon désencombrement, quelle est la portée immédiate de mon choix de vie et quel est le modèle cohérent de société que j’entends transmettre à travers mon choix de vie personnel.
Deux questions qui n’en font en réalité qu’une seule : « Pour qui et en vue de quoi est-ce que je me désencombre ? ».

2. La simplicité volontaire n’est pas une démarche personnelle, c’est une démarche de personnes qui portent un projet de société.

3. Le simplicitaire n’a pas à se sentir coupable de consommer moins au nom d’un hypothétique soutien aux acteurs économiques des pays pauvres. Le commerce actuel, traversé par la logique de valorisation maximale du capital, par l’augmentation constante de la valeur de ce qui circule, ce commerce ne « profite » pas aux plus pauvres, déjà maintenant. C’est un mensonge, ne laissez pas dire cela ! La croissance ne crée pas d’emplois et le commerce ne profite pas aux plus pauvres.

4. Justice sociale rime avec post-capitalisme et la simplicité volontaire est intrinsèquement anticapitaliste. Etre simplicitaire, c’est être anticapitaliste.

5. Etre simplicitaire : « poule mouillée », s’abstenir !