Photo : FOE Europe

En septembre 2016, nous vous annoncions l’expérimentation d’une nouvelle gouvernance aux Amis de la Terre. Si cette (r)évolution interne pouvait poser question au départ, force est de constater que nous sommes sur la bonne voie. Découvrez ici les changements importants ces douze derniers mois, les difficultés, joies et questionnements qu’implique ce changement de paradigme au niveau des interactions humaines de l’association.

Un nouvel état d’esprit

Cette évolution interne réfléchie depuis déjà deux ans, au sein de l’équipe des permanents et du CA, est donc devenue effective depuis le début de l’année 2017. Si elle a pu provoquer certains remous auprès de rares personnes, nous avions la chance qu’une envie commune soit bien présente parmi nous : ouverture d’esprit, sens du collectif, curiosité, confiance, bienveillance, écoute et non-jugement étaient les bases posées pour lancer cette gouvernance en cercles. Après plusieurs journées d’accompagnement par Dimitri Biot et Vincent Wattelet (Université du Nous), nous sentions que nous pouvions nous lancer dans la grande aventure… même si des doutes et des questions subsistaient.

Une autre structure

Comme vous avez déjà pu le constater, c’est principalement une autre structure d’organisation et de prise de décision qui voit le jour. La démarche de gouvernance en cercles a permis d’éclaircir et de dépoussiérer certaines zones d’ombre dans le fonctionnement de l’asbl ces dernières années. Avec des entités pleinement reconnues et dont les missions sont plus claires, nous avons désormais une AG annuelle qui porte la raison d’être de l’association (outre les autres objectifs légaux), un CA trimestriel qui réfléchit à la stratégie du mouvement et enfin un cercle cœur opérationnel qui applique cette stratégie sur le terrain. Si ce cœur opérationnel est encore fort représenté par les permanents, c’est parce que nous n’avons pas encore trouvé assez de membres actifs avec une telle disponibilité de temps (pour être 1er lien de cercle et donc participer au cœur opérationnel), mais nous avons de l’espoir quand on observe l’engagement dynamique et régulier de Corentin par exemple, jeune membre actif liégeois, au sein de cette structure. Puisque l’objectif majeur de cette gouvernance est de faciliter l’implication des bénévoles au sein des différents pôles opérationnels, c’est via la participation à un des six cercles spécifiques que cette évolution s’opère. Et nous avons la joie d’accueillir désormais une petite dizaine de bénévoles au sein de ces différents cercles. Encore merci et bienvenue à elles et eux ! Pour plus détails, découvrez le petit compte rendu de chaque cercle sur le site.

Les cercles se réunissent en moyenne une fois par mois, le plus souvent à Namur (par facilité et centralité), mais cela peut tout à fait changer selon les personnes actives dans un groupe. L’outil informatique est fréquemment mobilisé pour des réunions skypes par exemple et ainsi accueillir les avis de personnes habitant plus loin. Cette structure claire avec le principe de 1er lien (responsable des avancées de son groupe) et 2e lien (personne qui prend soin de la santé du groupe) vise à assurer un système horizontal efficace.

Des outils concrets et pertinents

Si la gouvernance en cercles n’était qu’un état d’esprit et une structure organisationnelle, la magie ne prendrait pas ! En effet, la richesse se situe aussi dans la diversité d’outils pertinents et accessibles pour mener différentes réunions.

Tout d’abord, « le moment météo », désormais naturellement intégré 5 minutes en début et fin de toute réunion. Ce tour de table permet à chaque participant de partager librement aux autres son état d’esprit du moment (joie, fatigue, tristesse, stress, dynamisme…) de manière brève afin d’accepter que ces éléments « externes » peuvent influencer le cours de la réunion mais aussi pour exprimer une part de son intériorité et tenter de faire la part des choses avec le contenu de la rencontre. Si cet espace d’expression peut sembler être un détail, il témoigne de l’intégration du facteur psychologique et humain dans la gestion des réunions.

Un outil au cœur de cette nouvelle gouvernance, c’est la GPC : gestion par consentement. Véritable révolution dans la logique de prise de décision. Celle-ci propose un cadre innovant face au débat « naturel » autour d’un sujet, avec les jeux inconscients de pouvoir ou de prise d’ascendance sur l’autre, et d’une décision prise, soit par le chef d’une seule personne, soit par un vote à la majorité qui peut laisser de nombreuses frustrations et rancœurs à la minorité. La GPC est donc un cadre qui facilite une prise de décision, avec une écoute du centre en intelligence collective, des moments de clarification et de ressenti, puis la formulation d’une proposition sur laquelle chaque personne va pouvoir objecter si elle estime que celle-ci est dangereuse ou risquée pour le groupe/l’asbl. Tout le monde a donc la possibilité d’influer sur la décision finale. Si cet outil peut apparaître complexe et lent au premier abord, il offre en réalité beaucoup d’efficacité, de transparence et de motivation collective autour d’une décision !

Dans la même lignée, l’élection sans candidat (ESC) est un cadre qui aide au choix d’une personne pour telle ou telle fonction. Pour éviter les mêmes pièges qu’exprimés précédemment, l’outil propose différentes étapes pour renforcer la décision du groupe : clarté de la fonction, du mandat et des critères qui permettent de choisir la personne. Le tour de parole argumenté sur le choix de chaque participant.e permet à nouveau une intelligence collective et l’expression des qualités propres à chacun.e. Avec le même principe de proposition, il sera à nouveau possible d’objecter si le premier choix ne convient pas.

Enfin, les différents types de réunions (opérationnelles, stratégiques, de régulation et de gouvernance) sont conseillées pour offrir des moments propres à chaque besoin dans la dynamique du groupe.

Ces derniers mois d’expérience amènent déjà quelques enseignements forts. La gouvernance en cercles, bien que complexe et porteuse de multiples questionnements, fait ressortir le besoin de clarté et de transparence sur les zones de prise de décision et sur les moyens d’y arriver. Nous y parvenons de plus en plus dans ce cheminement collectif.

Ce cadre souple et dynamique instauré, avec des rôles et responsabilités partagés, facilite la prise d’initiatives et donc la créativité et l’efficacité pour parvenir à nos objectifs ! Ce n’est pas toujours simple, mais c’est passionnant ! Nous ne pouvons que souhaiter que davantage de membres rejoignent le bateau pour cette aventure humaine riche et diversifiée pour le développement de notre mouvement et la diffusion de nos valeurs !

S’il nous reste du travail pour développer cette gouvernance et les cercles créés, l’objectif majeur des prochains mois sera aussi de faciliter l’appropriation des outils de gouvernance au sein des groupes locaux. Que diriez-vous, par exemple, de vivre une élection sans candidat, au sein d’un groupe, afin de choisir (ou confirmer) le/la coordinateur.trice de la locale pour une période définie, en intelligence collective ?

Robin, permanent et 1er lien du cercle communication