L’Assemblée Générale de Friends of the Earth Europe (FoEE) s’est tenue du 30 mai au 2 juin derniers à Hope, au cœur d’un parc national proche de Manchester. L’occasion de rencontrer une trentaine de membres du réseau.

Parmi la multitude de sujets et de discussions durant ces quelques jours, nous avons abordé la montée du populisme et de l’extrême droite en Europe et ailleurs dans le monde. Un phénomène inquiétant, qui nous pousse, organisations écologistes, à sortir de nos zones de confort dans nos analyses et discours, à reconnaître que parfois nous pouvons partager les mêmes opinions que les penseurs très à droite mais pour des raisons radicalement différentes (le TTIP et le CETA en sont les meilleurs exemples) et donc à revoir et développer nos arguments pour nous distinguer des populistes mais aussi à entendre leurs craintes et leurs arguments pour mieux y répondre. L’écoute et le dialogue, tout en restant fermes quant à notre vision d’une société écologiquement, socialement et économiquement plus juste, semblent être nos meilleures armes. Montrer l’exemple en soutenant, développant et communicant sur les nombreuses alternatives concrètes portées par des citoyens permet également de démontrer que notre vision n’est pas utopique mais qu’elle se construit ici et là dès maintenant !

En 2016, la question du genre était au cœur de l’AG. Un groupe de travail s’était alors constitué en vue de proposer à l’AG de 2017 une proposition de changement du Règlement d’Ordre Intérieur (ROI) de FoEE visant à mieux intégrer l’égalité de genre au sein du Comité Exécutif (le CA). A Hope, nous avons adopté la même règle des 2/3, 1/3 qu’au sein des Amis de la Terre-Belgique. De plus, ce groupe de travail et plusieurs discussions entre petites organisations membres de FoEE (moins de 8-10 employés) a mis en avant une autre disparité au sein du réseau : la représentation plus forte des grosses organisations au sein du Comité Exécutif et dans le réseau en général. En mettant très (trop ?) souvent en avant les campagnes à succès de Bund (Allemagne), EWNI (Grande-Bretagne) ou Global 2000 (Autriche), les petits groupes, tels les Amis de la Terre-Belgique - parfois plus investis au niveau de la base et plus en liens avec la « réalité du terrain »-, se sentent parfois mal représentés et peu mis en avant au sein du réseau. Ainsi une modification du ROI pour tenter de respecter une égalité de genre et de représentation des groupes de différentes tailles et origines géographiques a été acceptée à l’unanimité.

Cette AG est l’occasion également de remercier et faire nos au revoir à Magda Stoczkiewicz, directrice de FoEE depuis près de 10 ans, et d’accueillir Jagoda Munic, auparavant présidente de Friends of the Earth International et de FoE Croatie.

Non loin de Hope, une communauté locale soutenue par FoE EWNI se bat depuis plusieurs années contre Cuadrilla - une entreprise qui recherche du gaz et du pétrole, basée en Grende-Bretagne mais active dans plusieurs pays - afin de mettre fin à ses activités de fracturation hydraulique dans la région. L’occasion de leur apporter notre soutien et d’attirer l’attention des médias sur la situation.

Suite à l’AG, les participants étaient invités à participer au Basecamp annuel, une rencontre de 3 jours organisée par FoE EWNI réunissant 500 activistes, volontaires de groupes locaux, membres de diverses organisations. Entre conférences, yoga, visites de vergers, ateliers « gérer la page facebook de son organisation » ou « nucléaire : comment relancer la mobilisation ? », espace enfants, repas à prix libre avec uniquement de la récup’ de supermarchés et soirées en musique, il était impossible de s’ennuyer. Mon « highlight » de ce basecamp ? Probablement la présentation de Kate Raworth [1], une économiste qui a su, en à peine une heure, apporter une analyse globale du système économique actuel en passant par les biens communs, le travail domestique non rémunéré et l’impact environnemental et humain du capitalisme. Elle a ensuite synthétisé le tout sous la forme d’un « doughnut » et développé une théorie crédible et fondée sur l’évolution que doit prendre l’économie : basée sur le bien-être de l’humain. Ainsi, si le progrès n’est plus la croissance mais devient l’équilibre fragile entre l’utilisation des ressources naturelles pour répondre à nos droits humains et la protection de la planète, l’humanité pourra vivre dans un espace sécurisé et juste.